Monsieur le Préfet,
Vous le savez comme nous, Guilherme Hauka-Azanga, qui fuyait les exactions de milices angolaises, n’a pas pu, comme il le projetait alors, faire venir sa première femme en France où il avait trouvé refuge. Elle a été tuée par balles en 2004.
Vous le savez comme nous, deux des enfants qu’il a eus avec cette femme ont disparu, et les trois autres - dont l’un est majeur et un autre va bientôt le devenir - vivent au Congo, sous la protection d’une famille d’accueil catholique.
Aussi le meilleur qui puisse arriver aujourd’hui est que Guilherme Hauka-Azanga vive au cœur de sa nouvelle famille : Florence, sa compagne si dévouée, Gaël (trois ans) et Dorcas (quinze mois), leurs deux enfants qui sont nés en France, et qui y vivent légalement avec leur mère et leurs deux demi-soeurs, Exaucée et Chloé, que Guilherme a prises en charge.
Aussi le pire qui puisse arriver aujourd’hui est que ce père soit arraché à cette mère et à ces quatre enfants, qu’on l’expulse dans un pays où il n’a plus de famille et où il risque sa vie - le pire pourrait être aussi qu’on le laisse pourrir sans aucun droit, traqué et apeuré dans notre pays.
Le meilleur et le pire : vous êtes capable de l’un comme de l’autre, monsieur le Préfet. Comme nous tous. Comme tous les hommes, depuis toujours sur cette terre : l’Histoire est là pour le dire et les juger.
Capable du meilleur et du pire : en cela vous ne différez pas de nous, qui vous adressons cette lettre.
Mais l’Histoire vous a installé à un endroit singulier : vous avez le pouvoir discrétionnaire, et sans doute étourdissant monsieur le Préfet, de décider si un homme, une femme et quatre enfants vont enfin vivre le meilleur, ou s’ils vont définitivement souffrir le pire. Quelle que soit la décision de la Cour d’Appel du 2 juin 2010 - qui ne statuera que sur la forme - c’est à vous que l’Histoire laisse le soin de choisir : le pire ou le meilleur pour cette famille?
Aucun intérêt supérieur de la Nation n’est en jeu. Aucun crime n’est à punir. Aucun passe-droit contraire à la Convention Internationale des Droits des Enfants ou au Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’est à accorder. La sécurité et la destinée de la France, contrairement à celles de cette famille, ne sont pas concernées.
Le meilleur ou le pire à venir pour Guilherme, Florence et leurs quatre enfants ne dépendent que du meilleur et du pire d’un seul homme : vous.
Aussi est-ce à vous que nous nous adressons. Nous vous conjurons de ne pas détruire cette famille, et de lui permettre de vivre enfin en paix. Puisque cela ne dépend que du pire et du meilleur qui sont les vôtres, monsieur le Préfet.

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